29/11/2007

Un moment de critique littéraire

Cher Lecteur,

Une fois n'est pas coutume, je vous propose un billet littéraire de mon cher ami Francis Delmotte qui a - quel courage ! - analysé le dernier livre de Patrick Roegiers.

Humour décapant...  Sujets sensibles s'abstenir  ;-)

PATRICK  ROEGIERS  ou  LE  CALEMBOUR COURTISAN
 
Pari osé ? Pari gagné ! En consacrant un livre à La Spectaculaire histoire des Rois des Belges (1), Patrick Roegiers entendait égaler ou surpasser Jo Gérard dans la flagornerie dynastique et la génuflexion monarchique. En multipliant  les calembours et les jeux de mots les plus affligeants, il voulait renvoyer L’Almanach Vermot au rayon des souvenirs ringards de nos aïeux. Pari tenu !
Le premier de ces deux défis était d’autant plus ardu à relever que tout le battage médiatique orchestré autour du livre tendait à suggérer la publication d’un joyau insolent, iconoclaste, décalé ! 
En fait d’insolence, le lecteur a droit, certes, à quelques révélations ( ?) qui se voudraient croustillantes – ah ! la fameuse nuit d’amour présumée de Baudouin et Lilian Baels dans un train-couchette en novembre 1952 ! – sur les insatiables appétits sexuels des Saxe-Cobourg … mais ce n’est pas parce qu’on a souvent un œil en forme de trou de serrure qu’on peut s’attribuer à bon compte les palmes de l’audace subversive.
 
Bien au contraire, le livre de Roegiers est tissé des innombrables clichés rassurants et hypnotiques qu’on nous a vissés dans les neurones dès l’école primaire, démagogie et chauvinisme en prime. Exemples. « Albert I er (…) croit au goût de l’effort, à l’énergie, à la ténacité , toutes qualités intrinsèquement belges » (p. 152) ; pendant sa prestation de serment, son fils « Léopold ne quitte pas des yeux son père qu’il admire d’une brûlante ardeur » (p. 151). « Le crachin belge typique » (p. 67) est évidemment de la partie, et vous pensez bien que Léopold II est « un génie incompris » (p. 121). Face à des « campagnes odieuses » et des « calomnies insultantes » (p. 213), son fils Léopold III, certes « très condescendant » (p. 215) fait preuve – qui en douterait ? – de « dignité revêche » (p. 235). Vous pensiez à son propos que l’entourage royal , très « Ordre Nouveau » dès les années 30, expliquait en partie cette « Belgique docile » vis-à-vis de l’occupant que vient de fustiger un groupe pluraliste d’éminents historiens ? Vous n’aviez donc rien compris ! Il vous semble que l’entreprise congolaise fut aussi, parfois, prodigieusement criminelle ? Cachez votre sottise : les colons multiplient « les exploits » (p. 97) et les critiques contre le souverain sont le fait de « politicards ballots » (p. 100). Il s’agit d’ailleurs, nous n’en aviez pas douté, de « délires et fantasmes anticolonialistes «  (p. 114), évidemment « orchestrés par l’étranger » (p. 113).                        
C’est ce qui est le plus écœurant dans l’épopée belgicaine à la sauce Roegiers : l’himalayesque  et récurrent mépris aristocratique de l’écrivain et de ses idoles couronnées envers la plèbe belge et ses élus. Le peuple belge ? « (…) plus versé par nature sur l’arrosage de son lopin rikiki que sur d’illusoires visées cosmopolites » (p. 111) ! Nos aïeux ? « des indigènes pleurards et ronchonneurs » (p. 108) ! Notre petite terre d’héroïsme et de cyclisme ? « une contrée immature accoutumée à penser peu » ( p. 117) ! Par contraste violent avec le superbe génie incompris de nos souverains prestigieux, nous sommes bien peu de chose. Un mot peut nous résumer : « la POPULACE » (p. 121) ! Saga familiale pour saga familiale : comme je suis fier et heureux que mes grands-pères, prenant tous les risques, aient fait partie de cette POPULACE et hurlé : « A bas la Cobourgeoisie ! »  …
Il faut dire que les ouvriers militants sont les grands absents de ce livre. Exemple : à quoi et qui est due la prodigieuse prospérité de la Belgique à la fin du 19 ème siècle ? « A la qualité de ses ingénieurs et de ses machines » (p.119) ! Qu’a-t-elle pour conséquence ? La paix sociale !!! Les émeutes de Roux et de Jumet, le Grand Complot de La Louvière, les grèves sanglantes du Borinage et du Centre, Defuisseaux et Le Catéchisme du Peuple : Roegiers, comme ses monarques chéris sans doute, n’en soupçonne même pas l’existence.                        
Actualité de l’Orange Bleue oblige, l’auteur se répand dans tous les studios depuis la sortie du livre et assure la promo du bouquin tout en adressant une prière fervente au roi : poser un geste fracassant . Un lecteur du « Soir » (2), moins lyrique mais plus citoyen, lui réplique : « un referendum et une léopoldienne prise du pouvoir par le roi ? Génial ! Et avec l’armée peut-être ? ». Alimenter le poujadisme antiparlementaire du Café du Commerce de cette indigente façon est en effet désolant. Roegiers devrait être moins ingrat vis-à-vis de nos élus : d’Elio Di Rupo (Sa Majeste le Roi) à l’inénarrable Armand Dedecker (Le roi est admirable !), on ne peut pas dire qu’ils nourrissent l’élan républicain. 
                       
Enlisé sans doute dans la médiocrité artistique de ses héros, Roegiers, autrefois remarquable écrivain (3), multiplie les prouesses stylistiques foireuses. « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole » (Hugo) ? C’est « l’esprit de ceux qui n’en ont pas «  (Voltaire) ? Il n’en a cure ! Quelques joyaux pour terminer, parmi des centaines : un « valet de pied à bicyclette » (p. 73), un « piètre cavalier cavaleur » (p. 81), « les journaux (…) le mouchent (Ah ! ce nez !) (…) (p. 101), un « mineur charbonneux » (p. 182), « Elisabeth, claustrophobe, déteste les ascenseurs alors qu’Albert prise les ascensions » (p. 201) ; « les femmes n’ont plus de bas nylon et se teintent les mollets avec du marc de café : ça leur fait une belle jambe » (p. 247), « Paola, ravissante et fraîche comme les nouvelles » (p. 391).                         
Et toujours à propos de la reine actuelle, ce pur bijou : « Le conte de fées s’achève en eau de boudin (que Paola déteste tant !) » (p. 398) . Sublime, non ? Enfoncés, Racine et Proust !  
 
Francis DELMOTTE   
 
(1)    Edition Perrin, Paris, 2007, 437 pages, 24,95 €
(2)    P. R. Mélon, Courrier des lecteurs
(3)    Cf. les superbes romans que sont L’Horloge universelle ou Le Cousin de Fragonard                               

11:11 Écrit par Pascal dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

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12:00 Écrit par Pascal dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |